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La sonate pour violoncelle seul opus 8 est sans doute la pièce la plus caractéristique du style de Kodály.

Dans cette oeuvre pleine de maturité d'un jeune homme de vingt-trois ans, l'instrument se métamorphose et prend ainsi toutes les couleurs de la musique hongroise, évoquant tour à tour la harpe, la guitare, le cymbalum, le violon, la contrebasse, ou l'ensemble tzigane jouant le répertoire typique du "Verbunkos". Une technique particulière d'accord de l'instrument -la scordatura- vient soutenir la tonalité de si mineur : les deux cordes les plus graves -celles de do et sol- deviennent ainsi si bécarre et fa dièse. Ce procédé permet à Kodály de renouer avec une tradition issue des siècles passés, et notamment utilisée par Bach dans la 5ème suite pour violoncelle seul BWV 1011. En outre, ce "désaccord" occasionnel de l'instrument offre une palette sonore plus riche, avec un timbre parfois très proche de celui de la contrebasse. Composée en 1915 et créée sur scène en 1918, cette sonate est en trois mouvements et suit un discours musical fluide proche de l'improvisation, principe fondamental de la musique hongroise.

Dans le premier mouvement, "allegro maestoso ma appassionato" [1], les accords initiaux que l'on retrouve en conclusion imposent une tension double à la fois onirique et dramatique. Dans un climat passionné, alternant rébellion et fatalisme, ce récitatif épique prend l'allure d'un appel déchirant et obstiné qui s'enflamme dans l'aigu.

Le deuxième mouvement, intitulé "adagio con grand'espressione" [2], des séries de pizzicati traversées d'articulations tziganes viennent ponctuer telle une voix angoissée, la plainte méditative du violoncelle dans son registre grave. D'une grande expression lyrique, le violoncelle semble ici s'élever au-dessus des contraintes matérielles.

Dans le troisième et dernier mouvement "allegro molto vivace" [3], véritable feu d'artifice, l'impression laissée est celle d'un rondo endiablé dans un discours fantasque et capricieux. Les thèmes accumulés d'une façon très dense évoquent le son lointain d'une cornemuse. Pour réaliser ces effets, l'auteur puise dans toute l'étendue de la technique du violoncelle en gardant une certaine sobriété : notes harmoniques, trilles, tremolos, modes très variés d'attaque de la corde, mélodies dans l'extrême aigu, accords décalés, doubles croches mouvementées, rythmes en doubles sons à effet "barbare", changements réguliers de tempi....

A la richesse technique s'ajoute la variété des nuances, qui, du pianissimo aux fortissimo amène à une coda formée d'une série d'arpèges venant conclure avec brio une oeuvre unique en son genre et encore inégalée.

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